JAZZ POP ART: MONTROUGE-AMSTERDAM

JAZZ POP ART : les pochettes FONTANA . MONTROUGE-AMSTERDAM 1964-1966

Se préparer au merveilleux

Les motifs de mon émerveillement devant ces pochettes aux fonds curieusement colorés avec ces mannequins impertinents sont restés confus jusqu’à la redécouverte d’un texte de Jean Louis Bory (le regretté critique cinéma du Nouvel Observateur). Il demandait au spectateur  de se rendre perméable à la « poésie brute (…) qui se dégage de spectacles fabuleux au premier degré », en évoquant un film  classique du cinéma fantastique des années 30  (King Kong) qui débordait  de cette poésie« ne serait-ce que par la disproportion des mesures, le bouleversement des perspectives ordinaires-ici, le gigantisme-qui nous oblige à regarder simultanément à des échelles différentes et l’on sait que la poésie consiste à  faire loucher »*.

Le même effet  intervient  devant ces compositions. On retrouve  le léger flou de l’arrière plan dû à l’utilisation de transparents. Certes, on ne baigne plus dans le cauchemar mais dans deux mondes dont l’un est vrai (le mannequin) et l’autre féerique (le musicien). Ann, l’héroïne du film, devient successivement blonde et brune ; elle enfile toute la panoplie des vêtements de loisirs des années 60 et joue, provoque, gigote, crie, boit devant Kong tour à tour imperturbable, agacé, rieur, rêveur (N.D.R : que tous les formidables musiciens et chanteuses et les fans me pardonnent la comparaison qui ne cherche qu’à illustrer la séduction du couple).

Curieuse mise en scène pour du jazz qui demande à l’acheteur de se préparer au « merveilleux » en entrant chez son disquaire. C’est cette « longue route sinueuse » que Fontana a choisi pour mener au porte-monnaie et au cœur des clients.

En utilisant les recettes du Pop Art

Avec le « Great American  Nude #52 » de Tom Wesselmann , le pop art acquiert en 1963 une renommée internationale et n’est plus un courant mineur de l’art contemporain. Nourri par les médias, réemployant des images du quotidien dans les magasines et la publicité avec les différentes techniques de collage, le pop art – à son tour- « influence la publicité, le design, l’industrie des objets en tout genre et retourne ainsi au quotidien »**.C’est précisément à cette même date que la société de production discographique  Philips  et sa filiale Fontana  demandent  une nouvelle approche visuelle des pochettes de disques de jazz au Studio 8×10 à Montrouge. Ils envisagent en effet de diffuser à une large échelle  dans les pays du Marché Commun (Benelux, France, Italie et Allemagne) ,ainsi qu’en Grande Bretagne, les productions des labels américains que Philips vient de racheter (Mercury, Riverside, Emarcy) et de donner une impulsion aux ventes de leur propre production après la première tentative hexagonale « orchestrée » par Boris Vian à la fin des années 50 (collection « Jazz pour tous » chez Philips).Le succès phénoménal des disques de variétés incite en effet à innover et à dépasser les limites de la clientèle traditionnelle de la musique jazz.

Il faut toucher les acheteurs que l’on pourrait qualifier de «compulsifs », principalement les jeunes, qui font le succès commercial de la musique pop et  sortir des réseaux habituels de distribution (les disquaires spécialisés) en évitant également les canons de l’esthétique raffinée des élites culturelles qui s’appliquent à la production du disque de jazz. Le « pop art » fournit la clé pour entrer dans le monde de la grande consommation en provoquant la rupture attendue avec les codes visuels dominants dans l’univers du  jazz. C’est à Montrouge, au 18 de la rue Camille Pelletan , que ces images destinées  à relancer la diffusion des microsillons dans toute l’Europe vont être réalisées en utilisant les recettes de l’art Pop né en Angleterre à la fin des années  50 et qui prend son essor aux Etats Unis avec Andy Warhol, Roy Lichtenstein et Tom Wesselman au début des années 60. Avec la technique du collage (« l’image dans l’image »), l’utilisation du gros plan (« blow-up »), le recours aux contrastes des couleurs, la valorisation du quotidien et l’ironie des rencontres incongrues, le photographe Gilbert Petit  confectionne au Studio 8×10 une série d’une quinzaine de compositions qui vont marquer durablement l’identité de la collection. Ces compositions seront ensuite confiées au studio Jan Van Hengel  à Amsterdam, à proximité du siège de la maison-mère Philips, avec l’utilisation d’une nouvelle technique de photomontage (« front projection ») qui va permettre la production d’images plus dynamiques.

Pour définir une identité visuelle forte et stable

La collection qui présente les grands noms du jazz  et des musiciens à l’audience confidentielle, couvre une période de 20 ans (1945-1965) depuis  la « swing era »jusqu’au « hard-bop ». Elle bénéficie de moyens techniques exceptionnels pour la production  qui est souvent supérieure aux gravures originales réalisées sans doute avec des moyens plus réduits. La sélection repose aussi bien sur des reprises de morceaux choisis dans des disques différents du même artiste que des reprises intégrales de disques préexistants, diffusés le plus souvent aux Etats-Unis , enregistrés en studio ou en public. La réalisation des pochettes bénéficie du même soin que les enregistrements (cartonnage  de qualité, protection par pelliculage). L’élément déterminant reste la création  bâtie  sur une série d’invariants qui composent une identité visuelle forte, identité qui sera conservée dans toute l’Europe pendant les trois années de la diffusion :

-un fond d’image colorée avec, à Montrouge, l’utilisation du procédé appelé Transflex qui repose vraisemblablement la technique du repérage (impression d’une image de couleur  unique sur la même image en noir et blanc) et l’agrandissement d’une partie de la photo originale pour exalter le caractère principal du musicien, voire de l’instrument utilisé.

-l’incrustation  d’un cliché original d’un jeune mannequin sur la plaque offset (sans logiciel..).Le mannequin porte une tenue qui n’est pas suggestive. La femme n’est pas  un « objet de désir » comme les « vixens » (que l’on pourrait traduire par « bombes sexuelles ») sur les pochettes de disques exotiques aux Etats Unis : elle travaille désormais et porte une tenue adaptée sur une silhouette dépouillée (ni montre, ni bijoux) et moderne (le pantalon) pendant ses loisirs.

- un contraste ironique entre l’attitude du mannequin et celle du musicien, ironie relayée par l’interjection ou l’exclamation qui font office de titre à l’album (GO !, IN !, SWING !, MOVE !…) et évoquent  le style de musique proposée  en jouant le plus souvent de manière érudite sur des titres de morceaux, de disques, des surnoms, ..

Une rétrospective : de Montrouge à Amsterdam

L’exécution soignée du visuel, son originalité particulière (du moins dans l’univers de la publicité et de l’industrie discographique), la parfaite et rapide intégration des éléments constitutifs du Pop art – intégration quasi immédiate après diffusion des premières œuvres d’art sur le marché, la première exposition personnelle de Warhol ayant lieu à New York en 1962- justifient  l’attention  que certains collectionneurs et commissaires d’exposition ont apporté à cette collection.  A dire vrai cette attention est principalement due aux collectionneurs italiens qui par deux fois ont signalé l’intérêt de cette création au grand public. Une première fois en mai-juin 1982  avec l’exposition organisée par la commune de Milan et Radio Popolare (« Cover and Cover .Grafica a 33 giri. Catalogue introuvable chez Mazzotta), exposition qui montre le travail du Studio 8×10 avec la pochette du disque d’Erroll Garner (Move !).

Une deuxième tentative a lieu à Sienne en 2008 avec l’exposition dédiée aux disques de jazz organisée la commune de Sienne et l’Académie nationale de jazz (Sienna Jazz Eye. Mazzotta 2008) où le travail du Studio Van Hengel à Amsterdam est cette fois mis à l’honneur avec la pochette du disque de Ben Webster (« Intimate ! »).
A ma connaissance aucun autre catalogue d’exposition ou ouvrage didactique sur le thème des pochettes de disques, pourtant abondamment illustré en Angleterre, en Allemagne et en France ces dernières années, ne mentionne cette collection. Arnaud Boubet (Paris Jazz Corner) présente l’image du dernier volume de la collection (« Groovy ! ») dans son livre sur la « cote européenne du Jazz » (Bleu Nuit éditeur 2002) et ce sera la seule référence en France. La commune de Montrouge, berceau de la création de la collection, a donc retenu le projet que je lui ai soumis et comblé ce vide avec la rétrospective des 36 pochettes produites dans la commune et ensuite en Hollande (en réalité 35+1 réalisée par la maison-mère Philips) de 1964 (date présumée du lancement de la collection en Hollande) à 1966 (dernier volume paru sous le numéro 36 : Freddie Hubbard « Groovy ! »). La totalité des pochettes conçues et réalisées à Montrouge (14 au total dont les 10 premières de la collection) ont été exposées dans un format agrandi pour mieux en souligner l’inventivité et la qualité des coloris. La totalité des pochettes réalisées à Amsterdam (21) pour la même collection ont été présentées dans leur format d’origine. L’exposition s’est tenue à la Médiathèque de Montrouge-32 rue Gabriel Péri (à côté de la mairie)- du 18 mars au 30 avril 2011.

Au moment du décrochage, l’agent H -animateur du blog “Les renseignements Géniaux”- a voulu en savoir plus sur cette histoire. Nous avons eu un entretien au café du coin , entretien qu’il a habilement monté et mis en ligne. (en savoir plus)

Philippe RABANES

*Jean-Louis BORY. Des Yeux pour voir . Cinéma I (1961-1966). Ramsay Poche Cinéma.

**POP ART . Tilman Osterwold. Taschen 2003.

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Les pochettes Montrouge (volumes 11,14,19, 25)

ART BLAKEY AND THE JAZZ MESSENGERS-SOUL! Fontana 683.261 JCL. Mono. Série française Plaisir du Jazz. VOL.11

Nouvel opus enregistré en public, cette fois à l’Olympia à Paris en 1958, le 11ème volume est une reprise de l’enregistrement original produit par Fontana. La formation des Jazz Messengers, fondée par le batteur Art Blakey, réalise une performance retentissante et qui est restée gravée dans les mémoires des auditeurs de France Inter avec le jingle du « Pop Club » de José Arthur (« Blues March »). Véritable « force de la nature », Art Blakey stimule les solistes du groupe avec son jeu de roulements crescendo, en particulier l’excellent pianiste Bobby Timmons et le saxo-ténor Benny Golson. La critique salue bien évidemment cette réédition d’un grand classique du hard-bop pour le public non initié (enregistrement original disponible en cd).
L’enthousiasme de son jeu , l’utilisation de rythmiques afro-cubaines ainsi que l’expression du visage justifient sans doute le choix du mot « SOUL ! » pour le titre de l’album. L’effet de disproportion des mesures entre le visage extatique du musicien (expression que l’on retrouve sur toutes les pochettes de ses disques de la même époque) et le mannequin dans l’expectative accroupi au premier plan souligne la logique irrationnelle d’un univers surnaturel que vient renforcer le rouge pivoine de la couleur du fond. C’est certainement la composition la plus forte et la plus étrange réalisée par le Studio 8×10 (Gilbert Petit) à Montrouge. Les notes sont rédigées par Jean Tronchot pour la série française et ne sont pas créditées dans les autres versions.

ROLAND KIRK- HIP ! Fontana 683.264 JCL. Mono. Série française Plaisir du Jazz

Multi-instrumentiste (saxo-ténor, flûte, saxophones archaïques), Roland Kirk est un « bluesman presque traditionnel » (Frank Ténot. Op. cit.) mais qui explore toutes les possibilités des instruments, notamment en les jouant aussi simultanément. Les résultats obtenus le rapprochent des musiques d’avant-garde de l’époque et son aura n’a cessé de croitre depuis. Philips après avoir racheté le label Mercury peut proposer au public européen une sélection de plages gravées au début des années 60 extraites notamment de l’album devenu culte «We free kings ».
Le sticker d’origine indiquant le prix public promotionnel de 19,95 Frs (3 euros) a été conservé car c’est une caractéristique essentielle de la série. Le dépôt légal à la Bibliothèque de France mentionne d’ailleurs l’existence de cette série Diamant et l’autocollant de la même forme est fixé des la sortie de l’imprimerie avant dépôt chez le disquaire qui ne dispose donc d’aucune marge de manœuvre sur le prix de vente (en France évidement).
La photocomposition du studio 8×10 à Montrouge laisse perplexe et le titre (Hip !) tout autant .Les exploits de multi-instrumentiste sont bien mis en valeur, rehaussés le rouge cerise de la couleur du fond. Le mannequin ajoute un bras à l’anche du saxophone et au bec de la flûte, sans doute dans un geste qui manifeste son incrédulité face à l’homme-orchestre. L’ensemble provoque une sensation de trouble un peu inquiétant. Le même procédé Transflex est utilisé pour la photo et Jean Tronchot signe les notes au verso.

JOHN LEE HOOKER-BLUE! Fontana 683.269 JCL. Mono. Version hollandaise de la collection Jazz Club Series. VOL. 19

John Lee Hooker est le guitariste de blues le plus connu du public européen au début des années 60 grâce aux tournées de l’American Folk Blues Festival. Voix sourde, rythme obsédant avec peu d’accords, il enregistre le disque culte et autobiographique « That’s my story » pour Riverside à Chicago en 1960 (LP 12-321, édité en cd par Fantasy N° 538-2). Fontana réédite intégralement l’enregistrement avec le volume 19 mais la version française dans la collection plaisir du Jazz propose une première face totalement différente avec des enregistrements postérieurs chez Veejay. La pochette est identique mais le numéro de la collection est différent (683.284 JCL)
Fond bleu indigo pour évoquer le blues avec un gros plan sur le visage émacié de John Lee Hooker et un mannequin revêtu des habits traditionnels du jardinier (salopette, chemise à carreau et chapeau de paille) pour évoquer sans doute le travail dans les champs de coton du bas Mississipi. La pochette du Studio 8×10 à Montrouge superpose à la disproportion des mesures le décalage avec une représentation improbable de l’environnement. Notes anonymes au verso dans la version hollandaise originale et rédigées par Jean Tronchot pour la version française.
Le bandeau supérieur est désormais en blanc depuis le numéro 16 pour tous les volumes des collections Jazz Club Series (Benelux, Italie, Allemagne) et Popular Jazz Series (collection identique à la précédente excepté le nom et le numéro). Il reste noir pour la collection française Plaisir du Jazz

DINAH WASHINGTON-DINAH! Fontana 683.275 JCL. Mono. Version italienne de la collection Jazz Club Series. VOL. 25

Dinah Washington venait de mourir en 1963 à 39 ans quelques mois avant la réédition de ses enregistrements en public réalisés initialement pour Emarcy en 1954 (« Dinah Washington with Clifford Brown ») et 1955 avec des arrangements de Quincy Jones (« For these in love »). Peu connue en Europe, « Dinah » -comme l’appelaient le public et le monde de la musique- était très populaire à Harlem où elle possédait plusieurs cabarets. Sa voix un peu métallique épouse parfaitement les soli des trompettistes et la section rythmique en conservant un vibrato et une émotion exceptionnelle. La renommée de « Dinah » n’a fait que croitre depuis son décès ; elle atteint celle des plus grandes vocalistes comme Ella Fitzgerald ou Sarah Vaughan et ce n’est que justice.
C’est la dernière pochette réalisée par le Studio 8×10 de Montrouge. La photo composite est toujours réalisée avec le procédé Transflex mais cette fois il a fallu introduire un mannequin homme pour respecter la règle de mixité qui prévaut dans toutes les compositions entre l’image de fond et celle du premier plan. C’est un couple tranquillement amoureux qui évoque sans doute les titres choisis dans cette sélection (« Make the man love me », « There’s no greater love », etc.) devant l’artiste pensive en fond couleur orange agricole. Le titre est repris d’un disque antérieur , à l’identique. Les notes au recto sont rédigées par Philippe Koechlin et Jean Tronchot. Celles de la version originale sont anonymes.

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Les pochettes Montrouge (volumes 6-10)

JOHN LEWIS-COOL ! Fontana 683.256 JCL.Mono. Version allemande de la collection Jazz Club Series. VOL.6

Bleu turquoise profonde pour le fondateur du Modern Jazz Quartet sans doute en hommage à ce « jazz bleuté » et limpide, d’une extrême finesse sans jamais être mièvre. L’apostrophe « Cool !» n’a rien à voir avec le mouvement du même nom, né sous d’autres cieux et en d’autres circonstances (voir Gerry Mulligan) mais peut être à la fraicheur du dialogue entre les deux mains du pianiste. C’est « le jazz des heures douces » (selon la belle formule d’Alain Gerber dans sa critique de Jazz Mag) qui provient d’un enregistrement de 1956 chez Pacific Jazz (« Two Degrees East-Three Degrees West) que Philips a racheté et fait découvrir au public européen (à signaler que l’enregistrement est disponible en CD sous le titre « Grand Encounter »).
La mise en scène de la photo ne demande pas de longs commentaires : elle est conçue au tout premier degré mais l’impact visuel du fond la rend particulièrement efficace. Comme pour les volumes qui précédent, elle est le produit du studio 8×10 à Montrouge. Les notes au verso sont rédigées par le critique anglais Alan Bates et sont traduites dans la langue de la zone de diffusion. Pressage et impression en Hollande. Les notes de la version française sont rédigées par Jean Tronchot.
Bleu turquoise profonde pour le fondateur du Modern Jazz Quartet sans doute en hommage à ce « jazz bleuté » et limpide, d’une extrême finesse sans jamais être mièvre. L’apostrophe « Cool !» n’a rien à voir avec le mouvement du même nom, né sous d’autres cieux et en d’autres circonstances (voir Gerry Mulligan) mais peut être à la fraicheur du dialogue entre les deux mains du pianiste. C’est « le jazz des heures douces » (selon la belle formule d’Alain Gerber dans sa critique de Jazz Mag) qui provient d’un enregistrement de 1956 chez Pacific Jazz (« Two Degrees East-Three Degrees West) que Philips a racheté et fait découvrir au public européen (à signaler que l’enregistrement est disponible en CD sous le titre « Grand Encounter »).
La mise en scène de la photo ne demande pas de longs commentaires : elle est conçue au tout premier degré mais l’impact visuel du fond la rend particulièrement efficace. Comme pour les volumes qui précédent, elle est le produit du studio 8×10 à Montrouge. Les notes au verso sont rédigées par le critique anglais Alan Bates et sont traduites dans la langue de la zone de diffusion. Pressage et impression en Hollande. Les notes de la version française sont rédigées par Jean Tronchot.

CANNONBALL ADDERLEY- WOW ! Fontana 683.257 JCL. Mono. Version hollandaise de la collection Jazz Club Series. VOL.7

Surnommé « le nouveau Charlie Parker », le sax alto Cannonball Adderley est embauché par Miles Davis au milieu des années 50 avant de connaître le succès public en France après son passage à l’Olympia en 1961 avec le quintette fondé avec son frère Nat au cornet. La puissance, la vitalité de son jeu sont bien illustrés ici avec l’onomatopée « WOW ! » et en écho la composition avec le cri du mannequin dans l’oreille du musicien.
Le volume 7 reprend des enregistrements faits à New-York entre 1957 et 1959 sans pouvoir identifier les titres et labels des enregistrements originaux. Diversement apprécié à sa sortie, qualifié de « laissé pour compte que l’on essaye de refiler à l’amateur » avec « l’aide d’une pin-up décolletée », Jazz Hot recommande de laisser la pochette derrière le tourne-disque « jusqu’à ce qu’en l’an 2034 un Martien tout chevelu et crochu le découvre enfoui dans la poussière ». Il est donc promis à la postérité malgré ces mauvais traitements. Cependant, d’autres critiques sont beaucoup plus indulgents et le succès public des enregistrements de Cannonball Adderley ne s’est pas démenti depuis.
La photo de couverture est due au Studio 8×10 à Montrouge avec l’utilisation du même procédé « Transflex » pour la composition photographique. Les notes de l’édition française sont dues à Jean Tronchot et sont traduites dans la version italienne. Les notes de la version originale hollandaise sont anonymes.

LES Mc CANN- OH BROTHER ! Fontana 683.258 JCL. Mono. Version italienne de la collection Jazz Club Series. VOL.8

Cette fois, le label prend des risques en proposant des extraits de trois enregistrements du pianiste Les Mc Cann assez méconnu en Europe. Les plages extraites du catalogue Pacific Jazz proviennent des albums « Groove », « Les Mc Cann Sings » (1961) et « Something Special »(1962) mais ne séduisent pas du tout les critiques qui conseillent de laisser Mc Cann chez le disquaire malgré l’incontestable vitalité de l’ensemble qui trouve des accents funky tout à fait contemporains.
L’apostrophe « Oh Brother ! » évoque le gospel et l’inspiration « churchy » des compositions de Mc Cann. L’allant et les claquements de doigt du mannequin complètent la composition du Studio 8×10 avec utilisation du procédé Transflex. Notes d’Alan Bates traduites en italien. Les notes de la version françaises sont rédigées, comme pour les volumes précédents par Jean Tronchot. La présentation de la pochette italienne est identique à la version originale hollandaise.

WES MONTGOMERY-GO! Fontana 683.259 JCL. Mono. Série française Plaisir du Jazz. VOL.9

Pas de médiator pour Wes Montgomery ! En grattant les cordes avec le pouce, il obtient un son très pur qui évoque la guitare acoustique. Fontana exploite à nouveau le filon des labels rachetés par Philips aux Etats- Unis. En l’occurrence deux enregistrements effectués à San Francisco et Los Angeles par Riverside en 1960 (« Guitar on the Go » ; « So much Guitar ») en quintette. Bien que les qualités intrinsèques du jeu de Wes Montgomery ne soient pas remises en question, il n’enchante pas la critique qui trouve le résultat un peu fade (« musique d’ambiance »). Le quintette est certes un peu envahissant compte tenu de la délicatesse de la guitare mais subsistent des plages exceptionnelles avec des duos à la flute surprenants et très contemporains.
L’apostrophe GO ! sur la pochette est bien sûr une référence au titre original. Les critiques se perdent en conjectures sur l’attitude de la jeune fille qui obéit aux ordres et s’en va ou bien qui invite l’artiste à la suivre…. . La photo-composition aux proportions décalées sur un fond jaune d’or (signée Gilbert Petit. Studio 8×10 à Montrouge) est particulièrement efficace. Les notes sont rédigées par Jean Tronchot sur la série française.

DUTCH SWING COLLEGE BAND-WILD! Fontana 683.260 JCL. Mono. Série française Plaisir du Jazz. VOL. 10

Pour le 10ème volume, les responsables de la collection choisissent un orchestre d’étudiants hollandais dont le personnel est régulièrement renouvelé (quand même) et qui obtient un vif succès en Europe (du nord semble-t-il) mais peu connu en France. Excellents spécialistes du jazz traditionnel de la Nouvelle-Orléans, ce groupe est toujours en activité et détient le record mondial de longévité pour un orchestre de jazz. L’enregistrement est le premier de la série réalisé entièrement en public (au fameux Concertgebow d’Amsterdam en 1959) avec la chanteuse anglaise Neva Raphaello.
L’adjectif « WILD ! » donné pour titre de l’album renvoie certainement aux improvisations collectives qui constituent une des caractéristiques du style New Orleans mais sans doute également au lyrisme du clarinettiste, vraiment étonnant. La composition de l’ensemble est –fait exceptionnel dans la série- ouvertement triviale avec ce qui pourrait être une bande d’ados se moquant d’une jeune fille qui vient chercher son orangeade au bar de la plage dans un bikini particulièrement peu seyant. Pour la première et seule fois dans la série, il n’y a pas de différences d’échelle dans la composition entre la photo des musiciens et le mannequin.
Le studio 8×10 (Montrouge) a réalisé la photo avec le procédé Transflex. Les notes sont signées par Hans van Assenderp sur toutes les versions, y compris la version française.

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Les pochettes Montrouge (volumes 1-5)

CHARLIE BYRD-IN ! Fontana 683.251 JCL.Mono. Série française Plaisir du Jazz .Vol. 1

Le premier volume de la collection sort en France en mars-avril 1965* avec, simultanément, les 10 premiers titres de la série. Curieusement, celle-ci débute avec un virtuose de la guitare espagnole traditionnelle, élève d’Andrès Segovia, accompagné par différentes formations utilisant également des instruments peu courants dans le jazz (hautbois, flûte, basson…). Musique élégante et décontractée publiée par le label Off Beat Records à Washington en 1958-59 (« Jazz at the Showboat »; « Byrd in the wind ») et bien accueillie par la critique. Charlie Byrd est devenu une « vedette accidentelle » comme promoteur de la bossa-nova avec Stan Getz (Desafinado).
L’interjection « IN ! », largement utilisée dans le langage courant de l’époque, n’a pas de rapport apparent avec le style ou la qualité rythmique de la musique.
Bandeau noir identique sur tous les titres de la série française Plaisir du Jazz avec indication du numéro de série repris dans tous les pays quelle que soit la dénomination de la collection. Notes au verso de Jean Tronchot, directeur de la collection pour la France. Photo du Studio 8×10 à Montrouge (Gilbert Petit). Photo de fond : origine inconnue. Procédé appelé «Transflex». Les crédits pour les photos en couverture sont identiques sur toutes les pochettes réalisées à Montrouge.

*le dépôt légal des dix premiers volumes de la collection “Plaisir du Jazz” auprès de la Bibliothèque  Nationale est daté du 18 février 1965.

COLEMAN HAWKINS-SWING! Fontana 683. 251 JCL. Mono. Série française Plaisir du Jazz. VOL. 2

Le deuxième volume présente le « deuxième inventeur du saxophone » (NDR : après Adolphe Sax bien sûr) qui se trouve entre 1940 et 1945 « au sommet de sa soufflerie et de son interprétation » (Philippe Baudoin dans son cours à la Cité de la musique). Les enregistrements datent vraisemblablement de 1944 (l’époque n’était pas adepte des références précises..) mais l’apostrophe « SWING ! » correspond bien au balancement des temps et à «un effet de tension et de détente » (voir le dictionnaire du jazz de Frank Ténot chez Larousse) que le « Bean » -son surnom- exploite en maitre incontesté des possibilités mélodiques du saxo- ténor. Le disque rencontre un bon succès auprès des critiques qui invitent les « consommateurs », car « on trouve souvent ces disques dans les rayons des supermarchés », à ne pas mépriser les séries populaires qui offrent un « jazz de bon aloi » (R.G. Jazz Mag).
Le mannequin, toujours vêtu simplement de manière on peut plus minimaliste, esquisse un pas de danse et devient la silhouette de référence sur toutes les publicités et dans le catalogue Fontana envoyé aux disquaires. L’ambiguïté provient du fait que le mouvement a une connotation un peu rétro associée aux grands orchestres de danse d’avant guerre (le « swing » aux Etats Unis). Notes au verso de Jean Tronchot, directeur de la collection pour la France. Photo du Studio 8×10 à Montrouge (Gilbert Petit). Photo de fond : origine inconnue. Procédé appelé «Transflex».

ERROL GARNER –MOVE ! Fontana 683.253 JCL. Mono. Version italienne de la collection Jazz Club Series . VOL.3

Le troisième volume est un des « blockbusters » de la série. Errol Garner est un des pianistes de jazz les plus prodigieux, les plus connus et les plus appréciés du public de l’histoire du jazz. Les plages de l’album proviennent d’enregistrements divers en trio avec basse et batterie qui veulent donner (avec succès) « un panorama des diverses qualités » du pianiste réputé pour le décalage du jeu de la main droite sur la main gauche.
C’est sans doute le « swing » puissant du jeu d’Erroll Garner qui a suggéré l’apostrophe « MOVE !» avec une typographie spéciale basée sur une déconstruction des lettres posées sur les lignes de ce qui pourrait être une partition. Le pas décidé du mannequin accompagne le mouvement lancé par le titre et son extrême décontraction évoque l’aspect ludique et malicieux du jeu du pianiste.
L’édition italienne de la série reprend au recto la totalité des éléments graphiques ainsi que toutes les références de la série. Au verso le texte du critique anglais Alan Bates, mobilisé sur tous les premiers volumes de la série, qui présente le musicien (de manière générique) est traduit en italien. Par contre le texte de la version française est un texte original du directeur de collection français. La photo est attribuée au Studio 8×10 (Gilbert Petit) à Montrouge. Photo dite « composite » avec utilisation du procédé Transflex. La photo de fond n’est pas attribuée.

BILL EVANS-DIG IT! Fontana 683.254 JCL. Mono. Série Française Plaisir du Jazz. VOL.4

Salué par la critique comme une véritable réussite dans le domaine des collections à prix réduit qui propose néanmoins des enregistrements de qualité, le quatrième volume regroupe une série d’enregistrements tirés des trois premiers disques du trio de Bill Evans entre 1956 et 1959. L’apostrophe « DIG IT !» fait vraisemblablement allusion au premier de ces enregistrements (« Everybody digs Bill Evans », chez Riverside comme les suivants) .La finesse et la nervosité du jeu du pianiste transforment les standards (les « tubes ») susceptibles d’attirer le public en véritables compositions originales et modernes avec l’exploitation du « mode » plutôt que d’une succession d’accords.
La couverture suscite par contre la perplexité des critiques qui s’insurgent contre « les inventions pop’artistiques des pochettes » (Jazz Mag). Le « sage jeune homme à lunette qui baisse le nez devant une gamine effrontée qui boit des orangeades » (id.) est bien à plaindre mais c’est une « collection jazz bon marché » et dans ces conditions on peut pardonner la faute de goût d’autant plus que le produit est d’excellente qualité…
La photo de fond n’est pas créditée. La photocomposition est effectuée au Studio 8×10 (Gilbert Petit) à Montrouge. Les notes sont rédigées par Jean Tronchot pour la version française.

GERRY MULLIGAN-RELAX ! Fontana 683.285 JCL. Mono. Version hollandaise de la collection Jazz Club Series. VOL. 5

Les huit morceaux extraits de trois enregistrements de 1956 chez Emarcy (« Presenting », »Mainstream », « Profile ») peu connus en Europe du saxo-baryton Gerry Mulligan en sextette, avec notamment le soutien De Zoot Sims au saxo-ténor, représentent une étape importante dans l’œuvre du musicien-arrangeur entre les fameux quartettes sans pianiste et les grands orchestres qu’il dirige à partir des années 60.
Réputé pour la souplesse de ses lignes mélodiques et son art du contrepoint, Gerry Mulligan propose des « mélodies simples et fraiches » (en reprenant la définition de Frank Ténot –op.cit.) qui ont sans doute inspiré la conception de la pochette. Celle-ci suscite une fois de plus l’ironie de la critique imperméable aux audaces du pop art, ainsi dans Jazz Mag (mai 1965) : « Mulligan a-t-il pris place dans les rocs des monts Rushmore, aux côtés de présidents fameux ? »… Telle est la question.
A signaler l’apparition d’une chaise longue au design étudié sur laquelle rêve le jeune mannequin en tenue de loisir minimaliste. D’autres meubles en phase avec les étapes de la création européenne vont constituer une des références de la collection. La photo composite est signée par Gilbert petit- Studio 8×10 à Montrouge. Le texte en anglais est d’Alan Bates. Texte français de Jean Tronchot.

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La collection Jazz Club Series

Présentation de la collection

Inventaire des albums édités dans la collection suivant le numéro de série. Dates d’enregistrement et références des albums originaux. Titres et crédits pour les photos et les notes dans les différentes versions.
Consulter la liste avec les visuels au format PDF (texte en anglais):jazz club series

Un mystère bien gardé

L’origine de cette collection reste à ce jour un mystère du moins pour l’identité du concepteur de la série et de la date de lancement dans le pays d’origine, en Hollande.
S’agissant de la date de lancement, aucun document n’a pu être retrouvé permettant de certifier le lancement de la collection Jazz Club Series en Hollande : les archives sont inexistantes et il n’y a pas de dépôt légal pour les œuvres audiovisuelles. On suppose que ce lancement a précédé celui de la collection en Angleterre en février 1665 (avec l’appellation Jazz Popular Series ) .L’article paru dans la revue Billboard en avril 1965 aux Etats Unis rend compte du lancement de cette collection à prix réduit (équivalent de 3 Dollars US) et des ambitions du management de Philips :

Terry Brown, Fontana (Philips) jazz a&r man said, “I think jazz is building up again after a dull period, which was partly caused by firms issuing too many albums of long ‘blowing sessions’ with only three or four tracks per disk.These were alright for the real jazz fan, but not the right material for newcomers to jazz. We can probably bring converts by cheaper albums,more variety on one LP and good colorful sleeves. Whereas the avid jazz collector would by a rare old 78 in a brown paper bag and willingly pay $30 for it, we need something that looks right, at a low price to tempt youngsters into an unknown field….”
“The U.K. is a good market for reissues, especially on low-priced labels around $3 (normal price $5.50). In this field are … Fontana’s New Popular Jazz Series. This was launched in February [1965] with recording by Hawkins, Adderley, Bill Evans and John Lewis, mostly taken from Philips, Mercury and Riverside sources.
Philips, Baarn, Holland (the company’s central offices) has devised a new photographic technique for its New Popular Jazz Series directed at the teen market. Each cover features a teen-age girl model posing in front of a blown-up portrait of the jazz talent featured.
The LP’s have “action” titles like “In,” “Move,” “Relax” and “Go,” and have already been stocked and sold by non-specialist dealers who have previously been hesitant in building up an inventory of hardcore” jazz.Repeat orders reveal that line is proving successful and helping to widen the market.”
(According to Billboard Magazine Apr 24, 1965. ‘U.S. Jazz Artists Still Tops in Europe – By Andre De Vekey. Thanks to Mark Fairpo who kindly picked up the paper)

Quelques mois plus tard, au printemps 1965, les collections française (Plaisir du Jazz) et italienne sont diffusées sur leurs marchés respectifs accompagnées d’une importante campagne publicitaire.

ENCART PUBLICITAIRE FONTANA PLAISIR DU JAZZ

Encart paru dans la revue Jazz Hot mai 1965

Le dépot légal des dix premiers volumes de la collection Plaisir du Jazz * présentés ci-dessus (du numéro 683.251 JCL au numéro 683.260JCL) est fait le 18 février 1965 à la BNF.

Une charte visuelle stable

Le concepteur de cette série, sans doute un des directeurs de Philips au siège social à Baarns , a conservé la charte visuelle de cette série sur les deux, voire trois années de diffusion en confiant d’abord la réalisation des pochettes au Studio 8×10 à Montrouge (aux portes de Paris… les motivations de la direction de Philips restent encore mystérieuses à ce jour) puis ensuite au Studio Van Hengel à Amsterdam. Cette continuité démontre la forte présence de la direction artistique car les procédés utilisés par les deux sociétés sont totalement différents pour un résultat où l’appartenance commune à la collection est clairement identifiable.

L’image est toujours composée d’une photo de mannequin prenant la pose devant une image agrandie des artistes dans un jeu subtil avec le titre et l’artiste. Au studio 8×10 à Montrouge elle est composée avec le procédé appelé Transflex à partir d’une photo dite “composite”, c’est-à-dire de la photocomposition .Ce procédé n’est pas répertorié et aucune trace de son utilisation n’a pu être relevée, le studio ayant disparu. La qualité de la composition finale laisse rêveur quand on imagine quels étaient les moyens dont on disposait à l’époque.L’examen attentif des images fait apparaitre quelques raccords sur les mannequins mais la qualité des compositions donne l’illusion d’une photo d’ensemble prise en studio.

Par contre, c’est bien le cas pour les photos réalisées ensuite par le Studio Van Hengel à Amsterdam avec le procédé de projection frontale (front projection**) qui permet une mise en place parfaite et des mouvements libres du mannequin devant l’image de fond agrandie, le tout sans ombres portées. Ce procédé a ensuite été utilisé au cinéma quelques années plus tard dans de nombreux films de fiction et d’anticipation, le premier et plus connu étant « 2001-Odyssée de l’espace » pour les paysages de l’aube de l’humanité***.

Le respect de la charte visuelle et du catalogue enregistré est un aspect essentiel de la collection. Les anglais optent pour une numérotation différente ( FJL XXX sans mention du numéro de volume mais en conservant le numéro d’ordre à 6 chiffres) mais ils publient l’intégralité du catalogue sans aucune modification. Les allemands diffusent la série qui porte des indications bilingues et abandonnent la traduction des notes originales au verso après le 10ème volume. Les italiens font de même. Dans tous les cas, la pochette est identique. Le bandeau supérieur passe du noir au blanc après le 15ème volume, y compris en Angleterre. La taille des caractères des références portées sur le bandeau est plus importante et les numéros de série diffèrent suivant le type d’enregistrement. Les enregistrements mono conservent la numérotation alphanumérique à 6 chiffres avec le préfixe 683 et le suffixe JCL ; Les enregistrements stéréo suivent un préfixe 883 et le suffixe JCY. Cette numérotation constitue la référence pour l’appartenance à la collection et permet de classer les différentes publications. Les enregistrements stéréo sont disponibles à partir du 16ème volume mais uniquement dans la collection originale Jazz Club Series. Ni les anglais, ni les français ne proposent de versions stéréo.

Des prix abordables et une musique accessible

La question du prix est centrale dans l’opération et le nom anglais de la collection « popular jazz series » en porte la marque. Quel que soit le pays, cette approche privilégiée est constamment pratiquée et mise en avant dans les encarts publicitaires et sur les supports eux-mêmes.

Encart publicitaire Grand jeu des 19/95

Encart publicitaire Grand jeu des 19/95 paru dans Jazz Magazine mars 1966

Cette volonté de toucher le grand public et les jeunes en particulier se traduit également par un choix des morceaux plus adapté aux habitudes d’écoute de la clientèle. Exit donc les morceaux trop longs et les disques avec 3 ou 4 compositions. Les 10 premiers volumes seront donc composés des extraits des plages les plus accessibles des grands instrumentistes des styles be-bop,hard-bop et cool en grande majorité dans la période 1956-62, enregistrés par des petits labels américains peu ou mal distribués en Europe .

A partir du dixième volume, Fontana réédite des concerts puis à nouveau des enregistrements publiés par les labels rachetés par la maison-mère Philips en proposant parfois une réédition intégrale du disque original. Ces enregistrements sont toujours de grande qualité et sont parfois originaux ou originaux en microsillon avec des rééditions de 78 tours introuvables et inutilisables avec les équipements Hi Fi. Les derniers enregistrements de la série et en particulier Zoot Sims (« Cookin’ ! ») et Freddie Hubbard (« Groovy ! ») sont si recherchés que des rééditions  en cd ont été faites au Japon. Une réedition vinyl au format d’origine et cd est également proposée par des éditeurs japonais pour l’enregistrement de Zoot Sims au Ronnie Scott à Londres.

L’exception discographique française

A partir du 15ème volume , le responsable de la série française Plaisir du Jazz, Jean Tronchot, rompt la continuité avec les sorties dans le reste de l’Europe. Le numéro spécial de Down Beat repris dans le 15ème volume disparait ainsi que les disques des frères Adderley (Wham ! et Naturally !), les sorties des disques d’Armstrong et de John Lee Hooker sont retardées et les plages sont modifiées en partie -pour marquer la différence les albums portent un autre numéro de série. Jim Hall, Ben Webster, Zoot Sims, Lester Young , Freddie Hubbard, Gerry Mulligan ,etc. sont privés de sortie en France. Seuls les artistes bien connus comme Sonny Rollins, Sidnet Bechet ou Sarah Vaughan sont publiés et, seule exception au principe de notoriété, une extraordinaire compilation de rhythm and blues avec notamment Sil Austin et Red Prysock (N°683 282 JCL). Miles Davis, Art Blakey et Clifford Brown sortent plus tardivement avec des pochettes traditionnelles totalement différentes de la collection marquant un retour vers l’esthétique habituelle des pochettes de disques de jazz. Les disques abandonnent toute référence à la numérotation en cours et la collection Plaisir du Jazz édite une série d’artistes plutôt consensuels essentiellement dans le courant “middle-jazz”(Erroll Garner, Oscar Peterson,Modern Jazz Quartet, Claude Bolling, Louis Armstrong, Lou Benett, Earl Hines) dans des enregistrements réalisés à l’initiative du directeur de la collection et qui laissent une large part au jazz traditionnel (ragtime, dixieland,gospel).

* le titre de la collection en France reprend à l’identique le titre d’un livre de photos illustré par Juan Miro paru aux éditions Clairefontaine à Lausanne en 1959 . Le jambage et l’empattement des caractères du titre sont similaires. De plus, des trompettes stylisées rythment les principaux chapitres comme elles encadrent le titre de la collection sur le bandeau supérieur des pochettes. Une philosophie particulière anime le photographe et le rédacteurs (respectivement Dennis Stock et Michel-Claude Jalard) qui se résume dans l’expression “Plaisir du Jazz”. Lecture et consultation fortement conseillés

**voir la définition du procédé front projection sur wikipedia (en anglais): Définition wikipedia

*** Une démonstration du procédé avec une reconstitution du décor est présentée dans l’exposition temporaire “Kubrick” à la Cinémathèque française (Paris Bercy) du 23 mars au 31 juillet 2011.

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présentation collection Jazz Club Series

Liste complète des disques recensés avec pochettes, crédits, liste des titres, dates d’enregistrement, crédits textes et photos, référence des enregistrements originaux quand disponibles .

Consulter la liste au format pdf (english text) :

jazz club series

Un mystère bien gardé

L’origine de cette collection reste à ce jour un mystère du moins pour l’identité du concepteur de la série et de la date de lancement dans le pays d’origine, en Hollande.
S’agissant de la date de lancement, aucun document n’a pu être retrouvé permettant de certifier le lancement de la collection Jazz Club Series en Hollande : les archives sont inexistantes et il n’y a pas de dépôt légal pour les œuvres audiovisuelles. On suppose que ce lancement a précédé celui de la collection en Angleterre en février 1665 avec l’appellation Jazz Popular Series .L’article paru dans la revue Billboard en avril 1965 aux Etats Unis rend compte du lancement de cette collection à prix réduit (équivalent de 3 Dollars US) et des ambitions du management de Philips :
‘U.S. Jazz Artists Still Tops in Europe – By Andre De Vekey

Terry Brown, Fontana (Philips) jazz a&r man said, “I think jazz is
building up again after a dull period, which was partly caused by firms
issuing too many albums of long ‘blowing sessions’ with only three of
four tracks per disk.

“These were alright for the real jazz fan, but not the right material
for newcomers to jazz. We can probably bring converts by cheaper albums,
more variety on one LP and good colorful sleeves. Whereas the avid jazz
collector would by a rare old 78 in a brown paper bag and willingly pay
$30 for it, we need something that looks right, at a low price to tempt
youngsters into an unknown field.”

The U.K. is a good market for reissues, especially on low-priced labels
around $3 (normal price $5.50). In this field are … Fontana’s New
Popular Jazz Series. This was launched in February [1965] with recording
by Hawkins, Adderley, Bill Evans and John Lewis, mostly taken from
Philips, Mercury and Riverside sources.

Philips, Baarn, Holland (the company’s central offices) has devised a
new photographic technique for its New Popular Jazz Series directed at
the teen market. Each cover features a teen-age girl model posing in
front of a blown-up portrait of the jazz talent featured.

The LP’s have “action” titles like “In,” “Move,” “Relax” and “Go,” and
have already been stocked and sold by non-specialist dealers who have
previously been hesitant in building up an inventory of “hardcore” jazz.
Repeat orders reveal that line is proving successful and helping to
widen the market.’
(According to Billboard Magazine Apr 24, 1965. Thanks to Mark Fairpo)

Une charte visuelle stable

Le concepteur de cette série, sans doute un des directeurs de Philips au siège social à Baarns , a conservé la charte visuelle de cette série sur les deux, voire trois années de diffusion en confiant d’abord la réalisation des pochettes au Studio 8×10 à Montrouge (aux portes de Paris) puis ensuite au Studio Van Hengel à Amsterdam. Cette continuité démontre la forte présence de la direction artistique car les procédés utilisés par les deux sociétés sont totalement différents pour un résultat où l’appartenance commune est clairement identifiable.
L’image est supposée provenir d’une photo de mannequin prenant la pose devant une image aggrandie des artistes. Ceci semble contradictoire avec le procédé appelé Transflex fondé sur de la photo dite composite, c’est-à-dire de la photocomposition .Ce procédé n’est pas répertorié et aucune trace de son utilisation n’a pu être relevée, le studio ayant disparu. L’examen attentif des images fait apparaitre quelques raccords sur les mannequins mais la qualité des compositions donne l’illusion d’une photo d’ensemble prise en studio. Par contre, c’est bien le cas pour les photos réalisées ensuite par le Studio Van Hengel à Amsterdam avec le procédé de projection frontale (Front projection – lien) qui permet une mise en place parfaite et des mouvements libres du mannequin devant l’image de fond agrandie, le tout sans ombres portées. Ce procédé a ensuite été utilisé au cinéma quelques années plus tard dans de nombreux films de fiction et d’anticipation, le premier et plus connu étant « 2001-Odyssée de l’espace ».

Le respect de la charte visuelle et du catalogue enregistré est un aspect essentiel de la collection. Les anglais optent pour une numérotation différente ( FJL XXX sans mention du numéro de volume mais en conservant le numéro d’ordre à 6 chiffres) mais ils publient l’intégralité du catalogue sans aucune modification. Les allemands diffusent la série qui porte des indications bilingues et abandonnent la traduction des notes originales au verso après le 10ème volume. Les italiens font de même. Dans tous les cas, la pochette est identique. Le bandeau supérieur passe du noir au blanc après le 15ème volume, y compris en Angleterre. La taille des caractères des références portées sur le bandeau est plus importante et les numéros de série diffèrent suivant le type d’enregistrement. Les enregistrements mono conservent la numérotation alphanumérique à 6 chiffres avec le préfixe 683 et le suffixe JCL ; Les enregistrements stéréo suivent un préfixe 883 et le suffixe JCY. Cette numérotation constitue la référence pour l’appartenance à la collection et permet de classer les différentes publications. Les enregistrements stéréo sont disponibles à partir du 16ème volume mais uniquement dans la collection originale Jazz Club Series. Ni les anglais, ni les français ne proposent de versions stéréo.

Des prix abordables et une musique accessible

La question du prix est centrale dans l’opération et le nom anglais de la collection « popular jazz series » en porte la marque. Quel que soit le pays, cette approche privilégiée est constamment pratiquée et mise en avant dans les encarts publicitaires et sur les supports eux-mêmes. Cette volonté de toucher le grand public et les jeunes en particulier se traduit également par un choix des morceaux plus adapté aux habitudes d’écoute de la clientèle. Exit donc les morceaux trop longs et les disques avec 3 ou 4 compositions. Les 10 premiers volumes seront donc composés des extraits des plages les plus accessibles des grands instrumentistes des styles be-bop,hard-bop et cool en grande majorité dans la période 1956-62, enregistrés par des petits labels américains peu ou mal distribués en Europe . A partir du dixième volume, Fontana réédite des concerts puis à nouveau des enregistrements publiés par les labels rachetés par la maison-mère Philips en proposant parfois une réédition intégrale du disque original. Ces enregistrements sont toujours de grande qualité et sont parfois originaux ou originaux en microsillon avec des rééditions de 78 tours introuvables et inutilisables avec les équipements Hi Fi. Les derniers enregistrements de la série et en particulier Zoot Sims (« Cookin’ ! ») et Freddie Hubbard (« Groovy ! ») sont si recherchés que des rééditions cd ont été faites au Japon. Une réedition vinyl au format d’origine est également proposée par des éditeurs japonais pour l’enregistrement de Zoot Sims au Ronnie Scott à Londres.

L’exception française

A partir du 15ème volume , le responsable de la série française Plaisir du Jazz, Jean Tronchot, rompt la continuité avec les sorties dans le reste de l’Europe. Le numéro spécial de Down Beat repris dans le 15ème volume disparait ainsi que les disques des frères Adderley (Wham ! et Naturally !), les sorties des disques d’Armstrong et de John Lee Hooker sont retardées les plages sont modifiées en partie (elles portent un autre numéro de série). Jim Hall, Ben Webster, Zoot Sims, Lester Young , Freddie Hubbard, Gerry Mulligan ,etc. sont privés de sortie en France. Seuls les artistes bien connus comme Sonny Rollins, Sidnet Bechet ou Sarah Vaughan sont publiés et, seule exception, une extraordinaire compilation de rhythm and blues avec notamment Sil Austin et Red Prysock (N°683 282 JCL). Miles Davis, Art Blakey et Clifford Brown sortent avec des pochettes traditionnelles totalement différentes de la collection. Les disques abandonnent toute référence à la numérotation en cours et la collection Plaisir du Jazz édite une série artistes plutôt consensuels (Erroll Garner, Modern Jazz Quartet, Claude Bolling, Louis Armstrong, Lou Benett).

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